8% seulement de salariés engagés en France ?

Non. C’est une mauvaise lecture de l’enquête Gallup.
On voit régulièrement passer ce chiffre, repris sans recul.
Et avec lui, le même refrain : les salariés français seraient démotivés, désengagés, en queue de peloton…
En réalité, ce n’est pas ce que dit Gallup.
Et, en parlant, en plus, de ‘’motivation’’, on mélange un peu tout.
Il faut, comme je l’ai rappelé dans un post récent, distinguer trois choses :

➡️ La satisfaction au travail, l’évaluation subjective du bien-être au travail, qui est plutôt élevée en France
➡️ L’implication dans le travail (‘’job involvement’’), c’est-à-dire, le degré d’investissement personnel dans les tâches, qui est élevée aussi, et souvent plus que chez les homologues européens
➡️ L’engagement dans l’entreprise (‘’organisationnel commitment’’) qui traduit l’attachement à l’entreprise, l’envie d’y rester et de contribuer à son projet : c’est cette dimension qui est beaucoup plus fragile.

On peut être à la fois très investi dans son travail, auprès de ses clients… …et peu engagé vis-à-vis de son entreprise.
Beaucoup en font l’expérience.
Que mesure vraiment Gallup ?
Le fameux questionnaire (Q12) de Gallup ne mesure pas l’engagement. Il mesure la qualité du management de proximité, la reconnaissance, la clarté du rôle, les relations dans l’équipe. Autrement dit : les conditions de l’engagement, pas l’engagement lui-même.
Donc quand on dit que ‘’8% des salariés français sont engagés’’, on devrait plutôt dire que 8% évoluent dans un environnement managérial perçu comme favorable à l’engagement.
Ce n’est pas la même chose.
De surcroit, un biais culturel est souvent ignoré.

Le Q12 (que chacun peut consulter en allant sur internet) est construit sur un référentiel très nord-américain : feedback explicite, reconnaissance individualisée, proximité managériale.
Ce modèle ne se transpose pas mécaniquement en Europe ou en Asie. Qui pourrait croire, en effet, que les salariés japonais sont 4 fois moins ‘’engagés’’ que leurs homologues américains !
D’autres études, plus centrés sur le thème de l’engagement (notamment ADP), situent ‘’l’engagement’’ autour de 20 à 25% en France, c’est-à-dire un salarié sur 4 ou 5.
Ce n’est pas exceptionnel, mais ce n’est pas 8%.

Gallup mesure donc un climat managérial de proximité, pas l’engagement. Il ne prend d’ailleurs pas en compte d’autres éléments importants qui comptent dans l’engagement, comme la rémunération, les perspectives de carrière, la culture, le sens du travail.
Le problème n’est pas l’outil… mais son interprétation. Surtout les différentes études montrent, ce qui est plus complexe, que le lien au travail reste fort mais que c’est le lien à l’entreprise qui s’est distendu.

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