Pourquoi cours tu ?
Quand on fait un pas de côté, on est sidéré de voir tant de personnes courir après le temps, prisonnières de leur agenda.
Pourquoi court-on ainsi ?
Il est indéniable que les organisations sont devenues des machines à produire un mouvement toujours plus tourbillonnant avec l’inflation des réunions, la prolifération des outils digitaux, le culte de l’urgence, la multiplication des parties prenantes. Tout concourt à accélérer le rythme et à saturer les journées.
Mais en même temps, il est peut-être grisant psychologiquement de s'étourdir dans l’agitation, de s’épuiser dans l’hyperactivité avec le sentiment de vivre pleinement, d’être utile, légitime dans son rôle. Être débordé, c'est, souvent, se sentir important, être sollicité, reconnu.
L’hyperactivité devient alors une manière de remplir le temps, et, parfois, aussi, de remplir ‘’un vide existentiel’’, comme l’aurait dit Viktor Frankl.
C’est une course sans fin. Nous gagnons du temps… mais nous en manquons toujours plus, comme le dit Harmut Rosa. Le problème n’est pas la vitesse en soi, souligne ‘il, mais le fait qu’elle devient une norme obligatoire.
Tout cela n’améliore pas la qualité de ses décisions, ni son impact réel et risque de se traduire par une fatigue organisationnelle.
Il devient alors essentiel de reprendre le contrôle de son agenda, et, souvent, de ralentir. Non pas ralentir pour ralentir, mais retrouver une relation vivante au monde (Hartmut Rosa).
Cela suppose de se poser quelques questions simples mais décisives : mon agenda est-il rempli par moi ou par les autres ? Est-il dominé par l’urgence, par le souci de faire plaisir, plutôt que par l’important ? Ai-je encore du temps pour réfléchir, pour anticiper, pour travailler le stratégique ?
Reprendre la main sur son agenda, c’est bloquer du temps pour l’essentiel. C’est refuser certaines sollicitations dictées par l’urgence ou par le besoin d’être disponible à tout. C’est réintroduire du sens en se concentrant sur ce qui compte vraiment et en supprimant le non-essentiel.
C’est aussi créer du vide utile - ce vide qui fait souvent peur - pour redonner une place à la réflexion, à la décision, à la qualité des interactions avec les autres.
Mais cela demande aussi un travail sur soi. Car ce mouvement perpétuel n’est pas seulement organisationnel, il est aussi intérieur. Il faut comprendre les mécanismes, les besoins et les émotions qui nous poussent à courir sans cesse. Il faut clarifier ses priorités, mais aussi ce que l’on cherche parfois inconsciemment dans l’agitation : reconnaissance, sécurité, importance, évitement de soi.
Au fond, la vraie question est peut-être celle-ci : si nous arrêtions de courir …que deviendrions nous ?