Un paradoxe français : satisfaction élevée et implication forte au travail, mais engagement faible dans l’entreprise
Alors, tout va bien, ou pas du tout ?
Il est important de clarifier différentes notions.
➡️ La satisfaction au travail exprimée dans les enquêtes est une évaluation subjective du travail tel qu'il est vécu : conditions de travail, relations, reconnaissance, rémunération, équilibre de vie. La proportion des salariés satisfaits de leur travail est élevée en France, de l'ordre de 65 à 70%, ce qui signifie tout de même que près d’un sur trois ne l’est pas.
➡️ Toutes les enquêtes comparatives montrent que les Français s'investissent fortement dans le travail, plus que la plupart de leurs homologues européens. De fait, les enquêtes internationales ADP observent en France une forte conscience professionnelle et une forte implication individuelle. La valeur et l’implication au travail restent forts.
➡️ Mais, on peut être fortement impliqué dans son travail et beaucoup moins dans son entreprise. C'est la notion d'engagement, dont les enquêtes Gallup (‘’employee engagement’’), qui s'attachent à la mesurer, montrent qu'il est particulièrement faible en France.
Le problème n'est pas l'implication, mais l’engagement, la relation organisationnelle.
Le paradoxe est d’autant plus fort que le climat social est souvent correct et les managers de proximité plutôt appréciés.
On peut aimer son travail, son équipe et apprécier son manager…et beaucoup moins l'entreprise.
En témoignent une confiance dans l'entreprise et sa direction moindre que dans d'autres pays, des difficultés de se projeter dans les carrière internes, des intentions de mobilité latentes, un sentiment de reconnaissance insuffisante, le talon d'Achille bien connu du management à la française.
Ce management à ‘’la française’’ n’est pourtant pas sans qualités. Il est souvent salué par les observateurs étrangers pour sa volonté de concilier performance et attention à l’humain.
Mais il peine à s’adapter aux nouvelles aspirations : gestion plus différenciée des parcours, reconnaissance réelle du travail, autonomie, sens, vision lisible, cohérence entre valeurs affichées et pratiques, justice organisationnelle, organisation crédible des carrières.
Un aggiornamento s’impose d’autant plus que les enquêtes de satisfaction le montrent clairement : les Français n’ont pas rompu avec l’entreprise. Ils continuent de la percevoir ‘’comme un lieu d’intégration, de construction, de protection et d’épanouissement’’(Ipsos)
Mais, entre apprécier l’entreprise et s’y engager durablement, il reste un pas que beaucoup ne franchissent plus, ce qui, au demeurant, est tout à fait leur droit.