Les soft skills ne sauraient servir d’alibi aux dysfonctionnement organisationnels
Depuis une quinzaine d'années, le discours managérial s’est déplacé des organisations vers les soft skills, empathie, bienveillance, agilité, résilience, intelligence émotionnelle, sécurité psychologique.
C'est bel et bon à une condition toutefois : que les soft skills ne soient pas appelées à pallier les dysfonctionnements des organisations concernées !
Il peut être, en effet, tentant pour les entreprises de traiter les problèmes d'organisation comme s'ils résultaient d'un défaut de postures individuelles.
Quand les circuits de décision sont flous, par exemple, on formerait à la communication, quand le pouvoir est mal régulé, on prônerait la bienveillance, quand les règles paralysent, on demanderait de l'agilité…
Autrement dit, on va psychologiser ce qui relève d’abord du fonctionnement organisationnel, comme le répétait avec constance François Dupuy.
Or, si le dysfonctionnement est organisationnel, ce qui est souvent le cas, la solution ne peut être ni individuelle, ni psychologique.
C'est bien le cœur du problème.
Les soft skills ne sauraient être conçues comme une manière d’en déplacer la responsabilité vers les individus, alors que les organisations modernes produisent assez ‘’naturellement’’ de l'inefficacité organisationnelle et des injonctions contradictoires permanentes.
Comme le dit Henri Mintzberg, ‘’on ne compense pas une mauvaise structure par de bonnes intentions’’.
Ceci ne remet pas en cause toute l'importance des soft skills : l'empathie, la qualité relationnelle, la conscience de soi, la capacité d'écoute.
Elles sont absolument nécessaires, mais pas suffisantes.
Elles doivent être re-contextualisées dans le cadre du fonctionnement ou des dysfonctionnements de l'organisation.
Elles ne peuvent prendre leur juste place que dans le cadre d'une organisation du travail explicite, une distribution claire du pouvoir, des règles cohérentes et des arbitrages assumés, ce qui doit être le fondement du management de l’entreprise.
Les soft skills ne peuvent en être qu’un adjuvant, même si c’est un adjuvant très important.